- Le multi-threading, c'est quoi (et pourquoi un contact unique fait perdre le deal)
- Combien de décideurs viser vraiment : 3, pas 11
- Les 3 rôles à repérer (et le N+2 qu'on oublie toujours)
- Trouver les 3 noms sans acheter d'outil ABM
- Ouvrir les fils au téléphone : la manoeuvre « marraine » et le passage au N+2
- Un angle par rôle : même produit, trois problèmes
- Le piège : multi-threader, ce n'est pas arroser le compte
- Exécuter sans y passer trois fois plus de temps
- Questions fréquentes
« Je ne suis pas le décideur. » Combien de fois tu l'as entendue, celle-là ? Et combien de fois tu as répondu « ah, d'accord, désolé du dérangement » avant de raccrocher ? Moi, pendant des mois, c'était mon réflexe. Je notais « pas décideur » dans mon fichier, je passais au contact suivant, et je jetais un compte entier au passage.
Le multi-threading, c'est exactement l'inverse de ce réflexe. Au lieu de chercher LA bonne personne dans une boîte, tu en ouvres plusieurs en même temps, et tu acceptes que la première ne soit qu'une porte. C'est une des rares tactiques de prospection téléphonique qui change les résultats sans changer le produit ni le script. 📞
Ce que tu vas trouver :
- Pourquoi un seul contact = un deal qui peut mourir du jour au lendemain
- Le vrai chiffre : 3 fils, pas 11
- Les 3 rôles à repérer dans un compte (et le N+2 qu'on oublie)
- Les phrases exactes pour passer d'un contact à l'autre au téléphone
- La règle qui évite de griller le compte
Le multi-threading, c'est quoi (et pourquoi un contact unique fait perdre le deal)
Définition rapide : tu entretiens plusieurs relations en parallèle dans la même entreprise, au lieu de faire reposer tout ton deal sur une seule tête. Point. Le mot fait très cabinet de conseil, la pratique est basique.
Le chiffre qu'on cite partout vient de Gartner : on est passés d'environ 5 personnes impliquées dans un achat B2B à 10 ou 11 aujourd'hui. Je le pose une fois, et j'arrête, parce que ce chiffre décrit des grands comptes et qu'il fait plus de mal que de bien à ceux qui vendent à des PME.
Un responsable ops génial, trois échanges au téléphone, il me disait « c'est exactement ce qu'il nous faut, je remonte ça en interne ». Je le relance quelques semaines plus tard : réponse automatique, il avait quitté la boîte. Personne d'autre chez eux ne savait qui j'étais, ni pourquoi ils auraient dû me rappeler. Le deal n'était pas perdu... il n'avait jamais existé ailleurs que dans la tête d'un type qui était parti. 🙃
Congé, mutation, réorg, budget qui bascule sur un autre service : un fil unique casse pour dix raisons qui n'ont rien à voir avec toi.
Combien de décideurs viser vraiment : 3, pas 11
Là, moi je ne suis pas d'accord avec ce qu'on lit partout. Les guides anglo-saxons te font mapper onze parties prenantes, avec le champion, le procurement, le legal, le sponsor exécutif. Sur un contrat à 8 000 euros par an, chez une boîte de 40 personnes, c'est de la bureaucratie déguisée en méthode.
Dans la vraie vie d'un SDR français, le comité d'achat d'une PME tient en trois personnes. Parfois deux. La règle que j'applique : 3 fils ouverts par compte, un par rôle. Si tu en tiens trois pour de vrai, tu es déjà devant 90 % des gens qui appellent cette boîte.
Et « ouvert », ça ne veut pas dire « j'ai mis son nom dans mon CRM ». Ça veut dire : cette personne connaît ton prénom, sait pourquoi tu appelles, et pourrait te citer si son collègue lui en parle à la machine à café.
Les 3 rôles à repérer (et le N+2 qu'on oublie toujours)
- 🧑💻 L'utilisateur. Celui qui subit le problème tous les jours. Il n'a pas de budget, mais il a une douleur précise et il adore en parler. C'est ta meilleure source d'information sur la boîte.
- 🧑💼 Le manager. Il porte les chiffres de l'équipe et souvent une ligne de budget. C'est lui qui a quelque chose à gagner (ses résultats) et quelque chose à perdre (sa crédibilité s'il pousse un outil qui foire).
- 👔 Le N+2. Le dirigeant, le directeur commercial, celui qui signe. Il ne connaît pas le détail, il regarde le coût et le risque.
Le truc que personne ne dit : le premier interlocuteur que tu atteins n'est presque jamais celui qui signe, et c'est très bien. Tu ne t'es pas trompé de personne, tu es simplement entré par la porte qui était ouverte. Le boulot, c'est de remonter, pas de recommencer ailleurs.
Trouver les 3 noms sans acheter d'outil ABM
Pas besoin d'une plateforme à 900 euros par mois. Dans l'ordre d'efficacité réelle :
- La personne au bout du fil. De loin la meilleure source. Elle te donne le prénom, le poste, et souvent le fonctionnement interne : « c'est lui qui valide, mais en pratique c'est moi qui choisis ». Aucun outil ne te vend cette phrase.
- Le standard. Tu appelles, tu demandes « qui s'occupe de [sujet] chez vous ? ». C'est gratuit et c'est instantané. Les techniques sont dans l'article sur le barrage de la secrétaire, je ne les refais pas ici.
- LinkedIn, filtre entreprise + intitulé de poste, pour vérifier l'orthographe et le titre exact avant d'appeler.
- La page équipe du site, encore très utile sur les PME françaises.
Mais ce qui change tout se joue avant le premier appel : arrête de raisonner par contact, raisonne par compte. Ton fichier ne doit plus être une liste de personnes mais une liste d'entreprises avec 3 lignes chacune. Ça se prépare quand tu constitues ton fichier de prospection, et les numéros directs des trois rôles se trouvent légalement, sans acheter n'importe quoi.
Ouvrir les fils au téléphone : la manoeuvre « marraine » et le passage au N+2
C'est le coeur, et c'est là que le téléphone écrase le mail. Voilà les trois phrases que j'utilise vraiment.
1. Quand il te dit qu'il n'est pas le décideur.
❌ « Ah, et je pourrais parler à la personne qui décide ? » Pourquoi c'est mauvais : tu viens de lui dire qu'il ne t'intéresse pas. Il te passe au standard, ou nulle part.
✅ « C'est très bien, c'est vous qui l'utiliseriez au quotidien, votre avis pèse plus que le sien là-dessus. Qui verrait ça avec vous, du coup ? » Pourquoi c'est bon : tu le valorises, tu ne le contournes pas, et la question ouverte lui fait sortir un nom naturellement. (Sur le pouvoir de décision comme critère de qualif, tout est dans qualifier un prospect au téléphone.)
2. La demande de parrainage. Une fois le nom obtenu, tu enchaînes tout de suite :
✅ « Je peux l'appeler de votre part ? »
Cinq mots. Presque personne ne dit non, parce que ça ne l'engage à rien. Et ces cinq mots transforment ton prochain appel à froid en appel tiède.
Et s'il freine (« je préfère lui en parler moi-même ») ? Tu ne forces pas, tu prends une date :
✅ « Encore mieux, ça aura plus de poids venant de vous. Vous le voyez quand ? ... Parfait, je vous rappelle vendredi pour savoir ce qu'il en a dit. »
Pourquoi c'est bon : tu ne le contredis pas, tu repars avec une date au lieu d'un « je reviens vers vous » qui ne revient jamais, et tu t'es donné une raison légitime de rappeler. Si vendredi il n'a rien fait, c'est là que tu ressors « je peux l'appeler de votre part ? », et cette fois il dit oui.
3. L'ouverture de l'appel au N+2.
✅ « Bonjour, j'ai échangé avec Camille de votre équipe sur [le problème], elle m'a dit que c'était vous qui verriez ça. Je vous vole deux minutes ? »
Et derrière, dans l'heure, un mail court au premier contact, avec le N+2 en copie si l'échange s'y prête :
Objet : suite à notre échange, [Prénom du N+2] en copie
Bonjour Camille, merci pour les cinq minutes de tout à l'heure. Je mets [Prénom du N+2] en copie comme convenu : on parlait de [le problème en six mots, ses mots à elle]. [Prénom du N+2], je me permets parce que Camille m'a dit que c'était vous qui verriez ça. Je vous appelle jeudi en fin de journée, si ce n'est pas le bon moment dites-le moi ici.
Trois choses là-dedans, pas une de plus : tu remercies, tu redis le problème avec les mots de la marraine et pas les tiens, tu annonces ton appel. Tu ne fais pas ça dans son dos : tu fais ça avec lui.
Un angle par rôle : même produit, trois problèmes
La faute qui grille un compte en une semaine, c'est le même message dupliqué à trois personnes. Ils se le montrent, tu es cuit. Chaque rôle a son problème :
| Rôle | Ce qui l'intéresse | La phrase qui accroche |
|---|---|---|
| Utilisateur | Le temps qu'il perd | « Vous passez combien de temps par jour à [tâche pénible] ? » |
| Manager | Les chiffres de son équipe | « Vos commerciaux font combien de conversations réelles par jour ? » |
| N+2 | Le coût et le risque | « Combien vous coûte un SDR qui décroche deux fois moins que prévu ? » |
Trois angles, trois messages, décalés de quelques jours. C'est une séquence multicanal classique, mais découpée par rôle plutôt que par jour. Le rythme que j'applique sur un compte :
- Jour 1, l'utilisateur. C'est celui qui décroche le plus facilement, et c'est lui qui te donne les deux autres noms.
- Jour 3, le manager. Angle chiffres, et le prénom de l'utilisateur cité dès la deuxième phrase : « j'ai échangé avec Camille de votre équipe... ».
- Jour 6, le N+2. De la part de, et seulement si les deux premiers t'ont donné de la matière. Appeler le boss sans rien à raconter, c'est brûler ta seule cartouche.
Et si l'utilisateur ne décroche pas au jour 1, tu ne sautes pas au manager pour compenser : tu rappelles l'utilisateur à un autre créneau. Un fil qui ne s'ouvre pas ne se remplace pas par deux appels le même jour.
Le piège : multi-threader, ce n'est pas arroser le compte
Imagine la scène côté prospect : quatre personnes de la même boîte reçoivent ton message dans la même semaine, avec la même accroche. Ils en parlent le midi. Résultat, tu n'es plus un commercial qui s'intéresse à eux, tu es une nuisance, et le compte est mort pour un an.
- 4 contacts touchés le même jour
- Le même message copié-collé
- On cache les autres échanges
- Objectif : trouver quelqu'un qui répond
- Jamais deux contacts le même jour
- Un angle par rôle
- On cite le premier contact ouvertement
- Objectif : que trois personnes sachent qui tu es
Et c'est là que je tiens à être clair, parce que c'est toute notre position : le volume sert à filtrer des gens ciblés, pas à saturer une entreprise. Multiplier les fils sur un compte que tu as choisi, oui. Balancer le même mail à tout le monde en espérant qu'un morde, non. Ce n'est pas de la stratégie, c'est du bruit, et ça abîme ta délivrabilité comme ta réputation.
Exécuter sans y passer trois fois plus de temps
Là où j'ai calé la première semaine, c'est bêtement sur l'arithmétique : trois fils par compte, ça veut dire trois fois plus d'appels. Sur 30 comptes, tu passes de 30 à 90 numéros. Si tu sais déjà combien d'appels il faut pour un rendez-vous, tu vois le problème arriver.
Deux trucs qui m'ont sauvé. D'abord, batche la recherche, pas les appels : le lundi matin, tu montes les trois lignes de dix comptes d'un coup (nom, poste, numéro), et tu ne rouvres plus LinkedIn de la semaine. Les appels, eux, restent étalés sur jour 1, jour 3 et jour 6, sinon tu retombes dans l'arrosage. Concrètement, ton mardi ce n'est pas « le compte Martin », c'est « les dix utilisateurs », puis jeudi « les dix managers ». Même angle, même phrase, dix fois : tu es bon dès le troisième appel. Ensuite, garde les notes au niveau du compte, pas du contact, sinon tu perds le fil de qui t'a dit quoi. Chez moi une fiche compte tient en quatre lignes, et je les relis pendant que ça sonne :
Martin & Co, 42 personnes Utilisateur : Camille, ops. 12/09 : perd 2 h par jour à ressaisir ses comptes rendus. OK pour que j'appelle Sofiane. Manager : Sofiane, head of sales. Pas encore appelé, angle = conversations réelles par jour. N+2 : Lucie, DG. Pas encore appelée, à faire de la part de Camille, pas avant d'avoir Sofiane.
Tu vois d'un coup d'oeil quel fil est ouvert, lequel dort, et avec quelle phrase repartir.
Le reste, c'est de la mécanique : enchaîner tes dix numéros du jour sans les composer à la main, c'est exactement ce que fait un dialer. Rien de magique, juste le temps mort en moins, et c'est ce temps mort qui te fait abandonner le troisième fil.
◆ Guide completProspection téléphonique : la méthode complète, de la cible au rendez-vous ›Bref : trois fils, trois angles, jamais le même jour, et toujours « de la part de ». Le prochain « je ne suis pas le décideur » que tu entends, ne raccroche pas... c'est le début du compte, pas la fin. 😉
D'autres tactiques du même genre sont rangées dans la catégorie stratégie de prospection téléphonique.
Questions fréquentes
C'est quoi le multi-threading en vente B2B ?
C'est le fait d'entretenir plusieurs contacts en parallèle dans la même entreprise, au lieu de tout miser sur une seule personne. L'idée : si ton unique interlocuteur part en congé, change de poste ou perd son budget, ton deal ne meurt pas avec lui.
Combien de personnes faut-il contacter dans une même entreprise ?
Trois, dans la très grande majorité des cas. Les articles américains parlent de 10 ou 11 décideurs, mais ils décrivent des comptes grands groupes. Dans une PME de 30 à 200 personnes, le comité d'achat c'est l'utilisateur qui souffre, le manager qui porte le budget et le N+2 qui signe. Trois fils bien tenus valent mieux que onze noms dans un tableau.
Comment savoir qui est le vrai décideur dans une entreprise ?
Tu le demandes. La meilleure source d'organigramme, ce n'est pas LinkedIn, c'est la personne que tu as au bout du fil : « Sur ce genre de sujet, qui décide avec vous ? » En 40 secondes tu as un prénom, un poste et souvent le fonctionnement interne. LinkedIn sert juste à vérifier l'orthographe après.
Est-ce risqué de contacter plusieurs personnes de la même entreprise en même temps ?
Oui, si tu envoies le même message à quatre personnes la même semaine : ils se parlent, ils comparent, et tu passes pour un robot. Ça devient sans risque dès que tu décales (jamais deux contacts le même jour) et que tu cites le premier au lieu de le cacher.
Que répondre à « je ne suis pas le décideur » au téléphone ?
Surtout pas « ah pardon, bonne journée ». Réponds : « C'est très bien, c'est vous qui l'utiliseriez au quotidien, votre avis compte plus que le sien. Qui verrait ça avec vous, du coup ? » Puis, une fois le nom obtenu : « Je peux l'appeler de votre part ? »
Faut-il prévenir le premier contact qu'on va appeler son N+2 ?
Toujours. Ça ne coûte rien et ça change tout : un appel « de la part de » passe le standard, ouvre la conversation et te donne une légitimité immédiate. À l'inverse, un N+2 qui découvre par hasard que tu tournes autour de son équipe, c'est le compte grillé.