- Fixe, variable, OTE : les 4 mots à poser avant de calculer quoi que ce soit
- Quelle part de variable : les ratios réels par poste
- Les 4 modèles de plan variable, et lequel prendre selon ta boîte
- Comment calculer la rémunération variable : la formule et un cas déroulé
- Les accélérateurs : payer la surperformance sans te ruiner
- Sur quoi payer une équipe qui fait du téléphone
- Mesurer ce qu'on paie, sinon le plan se renégocie tous les mois
- Les erreurs qui tuent un plan variable (et le cadre légal FR)
- Questions fréquentes
Combien au fixe, combien au variable, et sur quoi exactement ? C'est la question qui tombe dès qu'une boîte passe de un à trois commerciaux. Et neuf fois sur dix, elle est réglée en dix minutes sur un coin de table... puis renégociée tous les mois pendant deux ans. 😅
Un plan de rémunération variable, ce n'est pas une ligne dans un contrat. C'est la machine qui décide de ce que ton équipe va faire de ses journées. Tu paies au CA signé ? Tu récoltes des remises. Tu paies au rendez-vous pris ? Tu récoltes des no-show. Moi je pense que c'est le levier de management le plus sous-estimé quand on monte une équipe sales : il tourne tout seul, même quand tu regardes ailleurs.
Ce que tu vas trouver :
- Les 4 mots à poser avant de calculer quoi que ce soit (fixe, commission, prime, OTE)
- Les ratios réels par poste en France, en tableau
- Les 4 modèles de plan et le comportement que chacun produit
- La formule et un cas déroulé en euros sur 3 mois
- Une grille de paliers copiable avec accélérateurs
- Sur quoi payer une équipe qui fait du téléphone, et comment mesurer ce que tu paies
Fixe, variable, OTE : les 4 mots à poser avant de calculer quoi que ce soit
Quatre termes, et la moitié des plans bancals viennent de leur confusion.
- Le fixe : le salaire de base, qui tombe qu'il pleuve ou qu'il vente. C'est ce qui permet à ton commercial de dormir la nuit.
- La commission : proportionnelle. Un pourcentage de chaque vente, sans seuil. 1 € vendu, x centimes payés.
- La prime sur objectif : à seuil. Elle se déclenche à partir d'un niveau d'atteinte, souvent par paliers. Ce n'est pas la même bête que la commission, et mélanger les deux sans le dire donne des plans que plus personne ne sait recalculer.
- L'OTE (On Target Earnings) : ce que la personne touche si elle fait exactement 100 % de son objectif. Fixe + variable cible. C'est le chiffre que tu annonces en entretien, et c'est celui qu'on te reprochera si tu l'as gonflé pour recruter.
En vrai, ça donne ça sur une annonce : OTE 60 k€, c'est 42 k€ de fixe + 18 k€ de variable cible, soit 1 500 € de variable par mois si le quota est fait pile à 100 %. Écris toujours les trois chiffres, jamais le seul OTE.
Le piège classique : promettre un OTE ambitieux avec un quota que personne dans l'équipe n'a jamais atteint. Sur le papier, joli package. Dans les faits, c'est une promesse non tenue tous les mois, et ton commercial le comprend dès la fin du deuxième. Il m'arrive encore d'ouvrir des annonces SDR par curiosité, et c'est toujours le même schéma : « OTE 55 k€ » en gros titre, et le fixe introuvable dans tout le texte. Quand le fixe n'est écrit nulle part, il y a une raison. Le test avant d'annoncer un OTE, en une question : sur les douze derniers mois, combien de personnes ont réellement atteint ce quota ? Si la réponse est zéro, ce n'est pas un package, c'est une brochure.
Quelle part de variable : les ratios réels par poste
Il n'y a pas un bon ratio, il y en a un par métier. La logique tient en une phrase : plus la personne contrôle réellement le résultat final, plus le variable peut peser lourd.
| Poste | Fixe / variable | Base de calcul habituelle | Ordre de grandeur (OTE, France) |
|---|---|---|---|
| SDR / BDR | 70/30 à 80/20 | RDV tenus, conversations qualifiées | 32 à 45 k€ |
| AE (chasseur SaaS) | 50/50 à 60/40 | CA ou ARR signé | 55 à 80 k€ |
| Account Manager / CSM | 80/20 | Renouvellement + upsell | 45 à 60 k€ |
| Sales Manager | 70/30 à 80/20 | Atteinte collective de l'équipe | 60 à 90 k€ |
| Commercial terrain PME | 70/30 | Marge ou CA signé | 38 à 55 k€ |
Un SDR qui décroche un rendez-vous ne signe pas le contrat : lui coller 50 % de variable, c'est le payer sur le travail de quelqu'un d'autre. À l'inverse, un chasseur qui pilote son cycle du premier appel à la signature assume un 50/50 sans broncher. Pour le détail des packages SDR par séniorité, tout est dans la fiche de poste SDR, je ne le refais pas ici.
Les 4 modèles de plan variable, et lequel prendre selon ta boîte
| Modèle | Pour qui | Le comportement que ça produit | La limite |
|---|---|---|---|
| Commission linéaire | Cycle court, panier homogène | Volume, réactivité | Aucune notion d'objectif, la boîte ne pilote rien |
| Commission à paliers | AE, comptes de tailles variées | On pousse jusqu'au palier suivant | Effet « je garde le deal pour le mois prochain » |
| Prime sur atteinte d'objectif | Postes indirects, Sales Manager | Focus sur le quota | Tout ou rien démotivant si l'objectif s'éloigne |
| Mixte activité + résultat | SDR, équipe jeune, produit nouveau | Le travail est payé même quand le marché est dur | Plus lourd à mesurer (et c'est là que ça coince) |
Perso, pour une équipe de moins de cinq personnes qui vend un truc encore jeune, je prends le mixte à chaque fois. Tu ne peux pas demander à un SDR de porter seul le risque d'un marché que tu es toi-même en train de comprendre. La part activité, c'est le filet. Elle se réduit à mesure que le produit trouve son rythme.
À quoi ça ressemble concrètement, sur un SDR à 8 k€ de variable cible : 70 % sur le résultat (5 600 €, payés aux rendez-vous tenus) et 30 % sur l'activité qualifiée (2 400 €, payés aux conversations de plus de deux minutes avec le bon interlocuteur). Deux lignes dans le plan, deux compteurs, pas trois. Et la phrase de dégressivité s'écrit dès le premier jour, pas le jour de la baisse : « la part activité passe de 30 % à 15 % au bout de six mois, puis à 0 % au bout de douze ».
Comment calculer la rémunération variable : la formule et un cas déroulé
La formule de base tient en une ligne :
variable versé = prime cible x taux d'atteinte (x accélérateur)
On la déroule en vrai, sur un SDR. Package annoncé 38 k€ : 30 k€ de fixe, 8 k€ de variable cible, soit 667 € de variable cible par mois. Quota : 12 rendez-vous tenus par mois. Seuil de déclenchement à 60 % d'atteinte. Accélérateur x1,5 sur la part au-delà de 100 %.
| Mois | Résultat | Taux d'atteinte | Variable versé | Le détail |
|---|---|---|---|---|
| Mois 1 | 8 RDV tenus | 67 % | 447 € | 667 x 0,67, au-dessus du seuil |
| Mois 2 | 12 RDV tenus | 100 % | 667 € | La cible, pile |
| Mois 3 | 17 RDV tenus | 142 % | 1 087 € | 667 pour les 100 %, puis 667 x 0,42 x 1,5 pour le reste |
Sur le trimestre : 2 201 € versés pour une cible de 2 001 €. Ton SDR a fait 3 rendez-vous de plus que son quota trimestriel, il touche 200 € de plus. C'est exactement l'effet recherché : quasi indolore pour la boîte, très visible pour lui.
Et si le mois 1 avait donné 7 rendez-vous (58 %) ? Zéro. C'est le rôle du seuil. Mon avis là-dessus : un seuil à 60 % est sain, un seuil à 80 % est une punition déguisée. Au-dessus de 70 %, tu passes tes fins de mois à expliquer à quelqu'un qui a bossé pourquoi il ne touche rien.
Pour poser un quota qui tient debout, pars de tes propres chiffres plutôt que d'un chiffre trouvé sur un blog : combien d'appels pour un rendez-vous chez toi, et les statistiques de prospection téléphonique pour te situer.
Les accélérateurs : payer la surperformance sans te ruiner
La grille que tu peux copier telle quelle et adapter :
| Taux d'atteinte | Ce qui est payé |
|---|---|
| 0 à 60 % | Rien (ou 50 % du taux normal si tu veux amortir la rampe d'un nouveau) |
| 60 à 100 % | Taux normal, au prorata de l'atteinte |
| 100 à 130 % | Taux normal jusqu'à 100 %, puis x1,5 sur la part au-delà |
| Au-delà de 130 % | x2 sur la part au-delà de 130 % |
Deux réflexes avant de signer ça. Un : simule le mois où toute l'équipe fait 130 %. Avec le SDR du calcul plus haut, ça donne 667 € pour les 100 % plus 667 x 0,30 x 1,5 pour le reste, soit 967 € par personne. Quatre SDR, c'est 3 868 € au lieu de 2 668 € : 1 200 € de plus sur le mois. Si ce chiffre te fait mal alors que l'équipe vient de te livrer 30 % de rendez-vous en plus, ce n'est pas l'accélérateur qui est trop généreux, c'est ton quota qui est trop bas.
Deux : évite le plafond dur. Un commercial qui a plafonné le 12 du mois arrête de vendre le 13, et il le fait sans culpabiliser. Si tu crains vraiment l'emballement, mets un décélérateur plutôt qu'un mur : au-delà de 200 % d'atteinte, tu repasses à x1 au lieu de x2. Il continue de gagner sur chaque vente, tu arrêtes juste de payer double sur un mois qui part en cacahuète.
Sur quoi payer une équipe qui fait du téléphone
C'est là que la plupart des plans dérapent, et c'est le sujet que je connais le mieux. Trois niveaux d'indicateurs, et ils ne se valent pas du tout :
- L'activité (appels passés). Ça se pilote, ça ne se paie pas. Le jour où tu paies au nombre d'appels, tu obtiens des gens qui composent sans écouter. Du bruit, pas de la prospection.
- La conversation (un échange de plus de deux minutes avec le bon interlocuteur). Là on tient quelque chose : c'est du travail réel, mesurable, et ça ne se triche pas facilement.
- Le résultat (rendez-vous tenus, affaires signées). C'est ce qui se paie. Encore faut-il écrire ce que veut dire « tenu » avant de payer dessus, sinon tu rediscutes chaque cas au téléphone le 30 du mois. La définition que j'utilise, à recopier telle quelle : « un rendez-vous est tenu si le prospect s'est présenté et que l'échange a dépassé dix minutes. Reporté par le prospect, il reste payable une fois. Annulé deux fois, il ne compte pas. »
Un vendredi soir, j'ouvre l'agenda de la semaine suivante : onze rendez-vous. Content de moi. Le lundi soir, il en restait quatre. Les autres : personne en face, un numéro qui sonne dans le vide, un « ah oui pardon, je pensais l'avoir décalé ». Ces rendez-vous avaient été pris, ils n'avaient jamais existé. C'est ce jour-là que j'ai compris qu'un variable adossé au « RDV pris » ne mesure rien. Il mesure ta capacité à arracher un créneau à quelqu'un qui voulait raccrocher.
- Le SDR force le créneau pour clore l'appel
- L'agenda de l'AE se vide le matin même
- Personne ne sait qui a « raté » le rendez-vous
- Le no-show devient le problème de l'AE
- Le SDR qualifie avant de poser le créneau
- L'agenda de l'AE est fiable
- Le chiffre est le même pour tout le monde
- Le no-show reste le problème de celui qui l'a créé
Et le point que je défends partout : le volume d'appels sert à filtrer, pas à faire du bruit. On appelle beaucoup parce qu'on a ciblé en amont et qu'on veut savoir vite qui mord, pas parce qu'on croit à la loterie. Donc le volume se suit dans un tableau de bord... et il ne se paie jamais. Si le sujet t'intéresse, les KPI de prospection téléphonique trient ceux qui se pilotent et ceux qui se paient, et réduire les no-show attaque la fuite numéro un d'un variable SDR.
Mesurer ce qu'on paie, sinon le plan se renégocie tous les mois
Le truc que les guides sur le sujet oublient d'écrire : un critère qu'on ne sait pas mesurer devient une négociation de fin de mois. Et une négociation de fin de mois, ça use tout le monde, toi le premier.
La règle : un critère = une source de vérité, connue à l'avance.
| Ce que tu paies | Où on lit le chiffre, sans discuter |
|---|---|
| Conversations qualifiées | Les dispositions d'appel posées dans le dialer |
| RDV tenus | Le statut dans le CRM après le créneau |
| Litige sur un appel | L'enregistrement de l'appel |
Tu peux tout tenir dans un tableau de suivi des appels sous Excel, ça marche très bien au début. Le jour où trois personnes appellent toute la journée, ce tableau devient une déclaration sur l'honneur, et tu paies sur du déclaratif. Un parallel dialer journalise chaque appel, sa durée et sa disposition sans que personne remplisse une ligne à la main : le chiffre du variable sort de l'outil, il n'est plus le sujet du débat.
◆ Guide completProspection téléphonique : la méthode complète, de la cible au rendez-vous ›Les erreurs qui tuent un plan variable (et le cadre légal FR)
- ❌ Plus de 3 critères. Au-delà, personne ne sait quoi prioriser le mardi à 10h. Trois, maximum.
- ❌ Un quota que personne n'a jamais atteint. Il ne motive pas, il démissionne à la place du commercial.
- ❌ Changer les règles en cours d'année. Tu peux le faire une fois. Après, plus personne ne croit au plan, y compris ceux qui y gagnaient.
- ❌ Indexer le variable sur un fichier de prospection pourri. Si tes numéros sont morts, tu punis quelqu'un pour ton propre problème d'achat de données.
- ❌ Un versement flou en cas de départ. Cette ligne s'écrit au recrutement, pas au moment de la rupture. Le paragraphe à coller dans le plan : « Le variable est acquis au prorata des mois travaillés sur la période. Les affaires signées après le dernier jour de présence n'ouvrent pas droit à commission, sauf accord écrit. Le solde est versé sur la paie du mois suivant le départ. » Trois phrases, et la discussion pénible n'a plus lieu d'être.
- ❌ Un plan écrit sans la personne concernée. Tu n'es pas obligé de négocier, mais expliquer le calcul et le faire relire t'évite 90 % des embrouilles de fin de mois. La phrase qui ouvre le 1:1 de présentation : « Voilà ton plan. Je te le déroule sur trois mois, un à 80 %, un à 100 %, un à 130 %, et à la fin tu me le recalcules toi-même devant moi. » S'il n'y arrive pas, ce n'est pas lui le problème, c'est le plan. Et si l'équipe ne progresse pas, le problème n'est pas le variable : il faut former tes commerciaux au phoning, un plan ne remplace jamais la compétence.
Côté cadre français, en pratique et sans jouer au juriste : l'employeur peut fixer les objectifs seul, mais ils doivent être réalisables, portés à la connaissance du salarié en début de période et rédigés en français. Le variable acquis sur la période travaillée reste dû si la personne part. Fais relire ton avenant par quelqu'un dont c'est le métier, c'est peu cher payé pour ce que ça évite.
Pour le reste (quota, script, indicateurs), tout est rangé dans la catégorie stratégie de prospection téléphonique.
Bref : choisis une base que le commercial contrôle vraiment, paie le résultat tenu plutôt que le résultat annoncé, et assure-toi de savoir d'où sort chaque chiffre avant de signer. Un bon plan variable, c'est un plan que tu peux recalculer devant la personne, en deux minutes, sans ouvrir de débat. 😉
Questions fréquentes
Quelle part variable pour un commercial : 20 %, 30 % ou 50 % du salaire ?
Ça dépend de ce que la personne contrôle vraiment. Un SDR tourne autour de 70/30 ou 80/20 (il ouvre, il ne signe pas). Un AE chasseur peut monter à 50/50. Un Account Manager ou un CSM redescend à 80/20, parce qu'il gère plus qu'il ne conquiert. La règle : plus le commercial pèse sur le résultat final, plus le variable peut peser lourd.
Comment calculer la commission d'un commercial ?
Formule de base : commission = base x taux. La base, c'est ce que tu choisis de payer (CA signé, marge, montant du contrat la première année). Exemple : 40 000 € de CA signé à 8 % font 3 200 € de commission. Petit conseil : paie sur la marge si tes commerciaux ont la main sur la remise, sinon tu paies des rabais.
Un employeur peut-il fixer seul les objectifs de la part variable ?
Oui, en pratique en France l'employeur peut fixer les objectifs unilatéralement. Mais ils doivent être réalisables, communiqués en début de période et rédigés en français. Si le salarié découvre son quota en mars pour une année commencée en janvier, le variable peut être contesté. Fais relire l'avenant, c'est trente minutes bien placées.
Le variable est-il dû si le commercial quitte l'entreprise en cours d'année ?
La part acquise sur la période travaillée reste due, même en cas de départ. Ce qui se discute vraiment, c'est le prorata et le sort des affaires signées après le départ. Écris-le noir sur blanc dans le plan dès le premier jour, tu t'épargnes une discussion pénible le dernier.
Faut-il payer un SDR au rendez-vous pris ou au rendez-vous tenu ?
Au rendez-vous tenu, sans hésiter. Le rendez-vous pris se fabrique en forçant un créneau à quelqu'un qui veut raccrocher. Le rendez-vous tenu, non. Tu paies ce que tu veux voir dans l'agenda de ton AE, pas ce qui remplit un tableau.