Stratégie

Séquence de prospection multicanal : exemple sur 14 jours

Le calendrier jour par jour d'une séquence appel + mail + LinkedIn sur 14 jours : 7 touches, les messages écrits, et quand arrêter de relancer un prospect.

Séquence de prospection multicanal : exemple sur 14 jours

Tu as un fichier propre, tu sais qui joindre, et tu bloques sur une question bête : je fais quoi lundi, et je fais quoi jeudi ?

C'est là que la plupart des séquences meurent. Pas par manque d'idées, par manque de calendrier. Alors je te donne le mien : 14 jours, 7 touches, 3 canaux, les messages écrits en clair, et le coût réel en heures. Copiable ce matin. (La méthode d'ensemble est dans le guide de la prospection téléphonique.)

⚡ En clair

Ce que tu vas trouver :

  • Le tableau jour par jour (7 touches, 3 canaux)
  • Les 7 messages écrits, copiables
  • Quand arrêter de relancer, et ce qu'on fait du contact après
  • Le calcul d'heures que personne ne fait

C'est quoi une séquence de prospection multicanal (et la différence avec une cadence)

Une suite planifiée de prises de contact vers le même prospect, sur plusieurs canaux (téléphone, mail, LinkedIn), étalée sur quelques semaines. Voilà.

La nuance avec « cadence » : la cadence est le rythme macro d'un segment entier (7 touches sur 14 jours), la séquence est le détail des messages pour un prospect précis. Autrement dit : la cadence, tu l'écris une fois et elle vaut pour 200 comptes. La séquence, tu la retouches compte par compte.

Le piège que je vois partout : croire que multicanal = « le même message sur trois canaux ». Non. Ça veut dire un rôle différent par canal. Le jour où j'ai arrêté de recopier mon mail dans ma note LinkedIn, mes acceptations ont bougé toutes seules.

Et une séquence n'est pas un arrosoir : 40 comptes choisis un par un battent 400 comptes arrosés en 3 jours. Le volume filtre des gens déjà ciblés, il ne les trouve pas.

La séquence de référence sur 14 jours (le tableau jour par jour)

7 touches, 3 canaux, 3 tentatives d'appel.

Jour Canal Ce que tu fais Pourquoi ce jour
J1 matin LinkedIn Visite de profil + invitation avec une note de 2 lignes Ton nom existe avant ta voix.
J1 après-midi Téléphone Appel n°1 Il a vu la notif ce matin. On enchaîne.
J2 Mail Mail court, 4 lignes max Une trace écrite, relisible et transférable.
J4 Téléphone Appel n°2 + message vocal si répondeur 48h après le premier, autre créneau.
J7 Mail Mail « valeur » : un constat chiffré, zéro demande Il est passé à autre chose, on revient autrement.
J9 Téléphone Appel n°3, autre créneau encore Dernière vraie chance de conversation.
J14 Mail Mail de break-up Et c'est souvent celui qui reçoit une réponse.

Deux règles. 48h minimum entre deux appels, jamais deux le même jour. Et trois créneaux différents, écrits dans ton fichier avant de commencer : appel n°1 le J1 vers 14h30, appel n°2 le J4 vers 11h30, appel n°3 le J9 vers 8h30. Trois fenêtres, trois types d'agenda. Sinon tu ne testes pas 3 fois, tu testes 1 fois avec 3 échecs identiques (les créneaux qui décrochent).

Le rôle de chaque canal : ce que le mail ne fera jamais

Chaque canal a un boulot.

Le rôle de chaque canal : LinkedIn fait exister, le mail laisse une trace, l'appel qualifie

  • 📩 Le mail pose le contexte et laisse une trace transférable. Il ne dira jamais si le budget existe.
  • 💼 LinkedIn te rend visible. Pas pour vendre en DM : pour que ton nom soit connu quand ton numéro s'affiche.
  • 📞 L'appel est la seule touche qui qualifie ou disqualifie en direct. En 40 secondes, tu sais.
❌ La séquence « copier-coller »
  • Le même pitch en note, en mail et au téléphone
  • Le prospect lit trois fois la même phrase
  • Résultat : ignoré, puis bloqué
✅ La séquence « un rôle par canal »
  • Une note qui intrigue, un mail qui documente, un appel qui questionne
  • Chaque touche ajoute un angle
  • Résultat : « ah oui, j'ai vu passer votre truc »

Moi je trouve le débat « cold call OU cold email » mal posé : la vraie question, c'est l'ordre.

Les 7 messages, écrits

Ce que les autres articles ne donnent jamais. [variable] = à personnaliser.

J1, note de connexion LinkedIn (aucune vente) :

Bonjour [Prénom], je bosse sur [thème] avec des équipes comme la vôtre chez [Entreprise]. Je me connecte, je n'ai rien à vendre aujourd'hui.

J1, accroche d'appel (les 15 secondes qui décident) :

❌ « Bonjour, Paul de Paradial, on est une solution de prospection téléphonique, je vous dérange ? » (aucune raison d'écouter, et tu offres la sortie sur un plateau)

✅ « Bonjour [Prénom], Paul, de Paradial. Je vous appelle à froid, 30 secondes et vous me dites si je continue. J'appelle des [persona] qui perdent la moitié de leur temps à [problème]. C'est votre cas ou pas du tout ? »

Le « à froid » désarme, le « 30 secondes » borne, la question ferme te répond tout de suite (le détail sur l'accroche).

J2, mail court :

Objet : [Prénom], 2 min sur [sujet] ?

Bonjour [Prénom], je vous ai appelé hier, vous étiez pris. On voit souvent chez les [persona] que [problème concret]. Ça se règle en [action concrète]. Ça vaut 15 min, ou pas du tout ?

J4, message vocal (20 secondes chrono, jamais plus) :

Bonjour [Prénom], Paul, de Paradial. Je vous ai envoyé un mail lundi sur [sujet], je rappelle jeudi en fin de journée. Si c'est hors sujet, répondez juste « non » par mail, je vous laisse tranquille.

J'ai longtemps raccroché dès que le répondeur se déclenchait. Pour moi c'était du temps jeté. Erreur : depuis que je laisse un vocal court, des gens décrochent au 3e appel en disant « ah, c'est vous, le message » (les formats qui marchent).

J7, mail valeur (un constat, un chiffre, aucune demande de RDV) :

Objet : le chiffre qui m'a surpris chez les [persona]

[Prénom], je ne relance pas, je vous partage juste un truc. Sur les [N] [persona] qu'on a suivis ce trimestre, [constat chiffré, ex. : 6 appels sur 10 partent au répondeur avant 10h]. Ceux qui corrigent ça font [action concrète, ex. : bloquer leurs rappels après 11h], et pas une heure de plus. Rien à faire de votre côté, c'était au cas où ce soit votre sujet.

La règle de ce mail : zéro question, zéro lien d'agenda, zéro « qu'en pensez-vous ? ». C'est justement parce que tu ne demandes rien que certains répondent « intéressant, vous faites quoi exactement ? ». Si tu glisses une demande de RDV à la fin, ce n'est plus un mail valeur, c'est la relance n°3 déguisée et elle se voit.

J9, appel n°3 : pas la même accroche, tu ouvres par la trace.

« Bonjour [Prénom], Paul, de Paradial. Je vous ai laissé un vocal jeudi et un mail lundi, c'est ma dernière tentative avant de vous laisser tranquille. Une seule question et je raccroche : [problème], aujourd'hui, c'est un vrai sujet chez vous, ou pas du tout ? »

Les deux réponses t'arrangent. « Pas du tout » : tu le sors proprement et tu as gagné trois semaines de relances. « Si, mais on n'a pas le temps » : tu es en conversation, et l'objection est ton point d'entrée (traiter les objections).

J14, break-up :

Objet : je ferme le sujet

[Prénom], pas de réponse, donc ce n'est pas le moment, je ne relance plus. Si un jour [problème] remonte sur votre table, mon numéro est en signature.

Garde ce bloc sous le coude. 🔖

Combien de relances avant d'arrêter (et comment sortir un prospect)

Ma position : 7 touches, 14 jours, break-up, sortie.

Pourquoi pas 12 ? Le calcul est cruel. Passer de la 7e à la 12e touche coûte 20 minutes sur trois semaines. Avec les mêmes 20 minutes, tu ouvres 4 ou 5 comptes neufs. Sur quelqu'un de muet 7 fois, le pari est mauvais.

C'est là que le filtre prend son sens : le volume ne sert pas à harceler les mêmes personnes plus longtemps, il sert à passer plus vite au suivant sans culpabiliser.

À ne surtout pas faire : supprimer le contact. Tu le bascules dans une pile « reprise à 90 jours » : une colonne statut dans ton fichier, la date de reprise, et une ligne de contexte écrite pour ton toi de novembre, qui n'aura aucun souvenir.

reprise-90j | 15/11 | Marc D., DAF, [Entreprise] | 7 touches, zéro réponse, vocal laissé le 4 | angle à retester : le temps passé à relancer les factures | recrutait un alternant SDR (offre vue sur leur site)

Trois mois plus tard tu ne repars pas de zéro, tu ouvres par du neuf : « Bonjour [Prénom], on s'était croisés en août, vous n'aviez pas le temps. Je reviens parce que [élément nouveau : votre annonce, votre levée, la nouvelle équipe]. » Le budget a bougé ou la personne a changé de poste, et la rouvrir bat largement un inconnu (la relance téléphonique, le script de relance).

Adapter la séquence : PME, grand compte, C-level

Le tableau du dessus ne se joue pas pareil selon qui décroche. Ce que je change :

Cible Durée Touches Ce qui change
PME / dirigeant 10 jours 5 (2 appels) Plus court, plus direct : ils décident vite, dans les deux sens.
Grand compte 21 jours 8 (3 appels) Plus de LinkedIn en amont, et on vise le N+1 en parallèle.
C-level 14 jours 5 (3 appels) Moins de touches, mais avant 9h ou après 17h30, quand ça ne filtre plus.

Le « N+1 en parallèle » du grand compte, en clair : tu ne remplaces pas ton contact, tu ouvres une deuxième porte la même semaine, avec un mail de trois lignes au patron.

Objet : [Prénom du contact] ou vous ?

Bonjour [Prénom], j'échange avec [Prénom du contact] sur [sujet]. Vous êtes la personne qui tranche là-dessus, ou je continue avec lui ?

Poser la question rend le renvoi facile, et un renvoi interne (« vois ça avec X de ma part ») vaut dix relances.

La règle de bascule, la plus importante : au moindre signal, tu sors de l'automatique. Ouverture répétée, visite de ton profil, « pas pour l'instant » ? Tu coupes et tu appelles dans l'heure, à la main. Quelqu'un qui vient de te lire est joignable. Et tu assumes le motif de l'appel au lieu de le cacher : « Bonjour [Prénom], Paul de Paradial. Vous êtes passé sur mon profil ce matin, je me suis dit que j'appelais plutôt que de vous laisser deviner. 30 secondes ? » Ça fait sourire. Faire semblant de tomber là par hasard, ça rend louche.

Garde-fou : une séquence lancée sur un fichier à 30 % de faux numéros s'écroule, et tu accuseras tes messages. Vérifie ton fichier avant.

Le calcul que personne ne fait : combien d'heures coûte ta séquence

Ma première vraie séquence multicanal, lancée un lundi, très fier, 60 comptes dedans. Jeudi de la deuxième semaine, j'ouvre le suivi : mails partis, LinkedIn à jour... et sur les 180 tentatives d'appel prévues, j'en avais passé 41. La séquence n'était pas mauvaise. Je n'avais juste jamais compté les heures de téléphone que je venais de m'engager à tenir. Tu vois le truc arriver ?

Le calcul de charge : 120 appels sur 14 jours, 13 heures en manuel

Fais le calcul avant de lancer, 30 secondes. 40 prospects, 3 tentatives chacun : 120 appels à caser en 14 jours. En manuel, entre la recherche du numéro, la frappe, les sonneries dans le vide et les répondeurs, tu tournes à 8 ou 10 appels par heure. Soit 12 à 15 heures d'appel en deux semaines, en plus de ton job.

C'est pour ça que presque toutes les séquences que je croise finissent en 100 % email. Le téléphone n'est pas abandonné par choix, mais parce qu'il ne rentre pas dans l'agenda. Personne ne l'écrit nulle part, et c'est pourtant ce qui tue le plus de séquences.

Deux issues honnêtes. Soit tu réduis à 20 comptes et tu tiens tes 3 appels. Soit tu changes la mécanique : un parallel dialer fait passer ces 120 appels de 13 heures à 2.

Outils · Volume d'appelParallel dialer : comment 120 appels passent de 13 heures à 2

Les 4 chiffres à suivre pour savoir si ta séquence marche

Les 4 indicateurs de séquence et leurs seuils

  • 📞 Taux de décroché. Sous 15 %, ne touche pas aux messages : regarde tes numéros et tes créneaux (comment l'améliorer).
  • 📊 Taux de réponse par canal, séparément. Si le mail répond et pas l'appel, c'est l'accroche.
  • 🔢 Touches avant le 1er RDV. S'il en faut 6, arrêter à 4 te coûte la moitié de tes RDV (le ratio d'appels).
  • 🚪 Sortie en break-up. Au-dessus de 85 %, le problème n'est pas la séquence, c'est le ciblage.

Le suivi tient en quatre colonnes ajoutées à ton fichier (appels passés, décrochés, réponses mail, RDV) et un point le vendredi à 17h, cinq minutes montre en main. Sans ça tu pilotes au ressenti, et le ressenti dit toujours « ça ne marche pas » le jeudi après trois répondeurs d'affilée.

Les seuils des autres indicateurs sont dans les KPI de prospection téléphonique.

Bref : 14 jours, 7 touches, 3 appels à trois créneaux différents, des messages qui ne se répètent pas, sortie à J14 et reprise à J90. Le calendrier n'est pas la partie difficile. Tenir les appels, si. Compte tes heures avant de lancer, tu éviteras la séquence qui devient une newsletter. 😉

Guide completProspection téléphonique : la méthode complète de A à Z

Le reste des angles terrain est dans la catégorie stratégie de prospection téléphonique.

Questions fréquentes

Combien de touches faut-il dans une séquence de prospection multicanal ?

6 à 8 touches sur 2 semaines, dont au moins 3 tentatives d'appel. En dessous de 5, tu abandonnes trop tôt. Au-delà de 9, le rendement s'écroule et tu commences surtout à agacer.

Combien de relances avant d'abandonner un prospect ?

7 touches, puis un mail de break-up, et tu sors le contact de la séquence. Tu ne le supprimes pas de ton fichier : tu le remets dans une pile « reprise à 90 jours ». Un « pas maintenant » n'est pas un « jamais ».

Quelle est la différence entre une cadence et une séquence de prospection ?

La cadence, c'est le rythme macro que tu appliques à tout un segment (7 touches sur 14 jours). La séquence, c'est le détail des messages pour UN prospect donné. Tu écris la cadence une fois pour tout un segment, tu écris la séquence prospect par prospect.

Faut-il appeler avant ou après le premier mail ?

Les deux fonctionnent, mais un appel qui arrive après une trace (visite de profil, demande de connexion, mail) décroche mieux qu'un appel à froid total. Dans la séquence ci-dessous, on appelle dès J1 et on double avec le mail à J2.

Combien de temps laisser entre deux relances téléphoniques ?

48 heures minimum, et surtout à des créneaux différents. Rappeler trois fois le mardi à 14h, c'est trois fois le même échec avec trois fois la même explication : la personne est en réunion le mardi à 14h.

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